LE
BUREAU DE L’ASSOCIATION 19 avril 2007
BIEN VIVRE A LA CAMPAGNE
Le réchauffement climatique en perspective
L’année 2007 sera marquée d’une pierre noire. Les craintes que l’on
pouvait éprouver concernant une catastrophe climatique viennent de se
transformer en quasi- certitudes, si l’on en croit les dernières prévisions de
l’organisme mondial spécialisé dans ce domaine, le GIEC.
Nul ne
sait s’il faut y croire vraiment, et si on peut encore y échapper. De quoi
s’agit-il?Est-ce une prévision?Une fiction ? Une provocation?
C’est pour tenter d’appréhender cette menace, trop confusément perçue,
que nous essayons ici une mise en perspective.
1-De
quoi s’agit-il?
La Terre est habitable par
l’homme grâce à son enveloppe
atmosphérique très stable, qui nous fournit l’oxygène de la respiration, mais
aussi tempère l’ardeur du soleil qui sans elle, serait insupportable.
Chaque jour la Terre se
réchauffe sous l’action du puissant rayonnement ultra-violet du soleil.
Chaque nuit elle se rafraîchit
sous l’effet d’un rayonnement -bien moins vigoureux- que la Terre échauffée émet à son tour vers l’espace dans
l’infra-rouge.
Ce rayonnement en retour de la
Terre est atténué par une couche de gaz
qui, à la manière d’un vêtement, empêche la chaleur de la traverser. Cette
couche “garde” donc la chaleur du sol en
l’empêchant de partir dans l’espace. C’est ce qu’on appelle “l’effet de serre”
La couche atmosphérique, de quelque 30 Km d’épaisseur, souvent dite
“haute atmosphère” est constituée de plusieurs gaz essentiels à la vie
terrestre, dont les principaux sont : l’Ozone(O3) qui nous protège du trop
puissant rayonnement solaire, la vapeur d’eau (H2O) qui formera les nuages de
la pluie, le dioxyde de carbone (CO2)rejeté par la respiration des vivants,
et le méthane( CH4) produit de fermentation
des matières organiques.
Ces gaz existaient dans des
proportions « naturelles » à peu près fixes, avant que l’activité
économique de l’homme ne les modifie profondément par ses innombrables
combustions au sol. Circonstance très aggravante,
ces gaz de combustion s’accumulent dans l’atmosphère d’année en année, sans se
dissiper. Alors que la vapeur d’eau se renouvelle dans le cycle rapide que l’on
connaît bien : évaporation au sol/ condensation en altitude/ pluie / nouvelle évaporation,
le gaz le plus abondant, le CO2, s’accumule là haut où il séjourne sans pouvoir se
condenser( la température est trop élevée) et ne se réduit qu’au fil des siècles (par les rayons
cosmiques notamment ).Il forme donc une véritable “couverture” qui devient plus
dense d’année en année, d’autant plus vite que les émissions du sol sont plus
abondantes. Par bonheur, il n’est pas le
plus “réchauffant” c’est à dire
qu’à quantité égale, il n’est pas
celui qui
réduit le plus le rafraîchissement
nocturne de la Terre. Malheureusement, il est aussi, et de loin, le plus
abondant.
De là est née la première
inquiétude des climaticiens pour cet effet réchauffant des gaz atmosphériques
dénommés depuis “gaz à effet de serre”, en abrégé GES, en tête desquels le dioxyde de Carbone. Il a
fallu chiffrer avec quelque précision les millions de tonnes de Carbone
rejetées depuis la Terre par les usines, les centrales d’énergie, les
transports etc...en général toutes les combustions pour en arriver à l’idée qu’une
augmentation générale de température sur la planète Terre était devenue
une chose possible. Elle devint assez vite une chose probable”
Depuis, l’inventaire de
l’atmosphère terrestre s’est enrichi d’autres produits anthropiques que le CO2. Notamment le protoxyde d’Azote(N2O) produit par les engrais
azotés de l’agriculture, beaucoup moins abondant que le CO2, mais beaucoup
plus “réchauffant” que lui.
Puis des gaz plus complexes et
plus lourds encore, dérivés de produits pétroliers, de chlore et de fluor
(halocarbures), de durée de vie exprimée en millénaires, mais par bonheur
beaucoup moins abondants. L’effet de serre était devenu un tout, qu’il fallait
étudier avec des méthodes scientifiques avancées et dûment organisées. C’est
ainsi que fut créé le GIEC en 1988,
première réaction universelle de l’Homme
à la menace des GES.
Dès les premiers calculs, on
put estimer qu’une élévation de quelques
degrés de la température moyenne au sol,
serait vraisemblable avant la fin du
XXI° siècle, variable selon les continents. Qu’il en résulterait fatalement un exode de population
des pays chauds vers les pays froids, plus accentué dans les régions
désertiques d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Asie Centrale. Que l’eau des mers
se dilatant sous la chaleur, le niveau
moyen des océans pourrait s’élever d’environ un demi-mètre, faisant disparaître
de vastes étendues de terres fertiles. D’où des risques de sous-alimentation.
Que la modification des régimes de
précipitations bouleverserait
probablement l’approvisionnement en eau
et l’irrigation de nombreuses régions agricoles. La glace pourrait disparaître
de l’Océan Arctique vers le milieu du XXI° ( 2050) Les cyclones tropicaux, les
typhons et ouragans devraient
s’aggraver, les précipitations croître un peu partout. Les espèces vivantes verraient
leurs équilibres écologiques se modifier. Des espèces animales ou végétales
pourraient disparaître, d’autres proliférer. Les productions alimentaires seraient en baisse, dont la
pêche. Des maladies et épidémies nouvelles pourraient apparaître, d’autres se
faire oublier
L’évocation de ces drames
possibles du vivant nous ramène immanquablement aux réalités des drames sociaux
de notre époque, les génocides de la faim, la misère des peuples abandonnés,
les“boat-people” au courage désespéré. Aujourd’hui encore vécus comme des
fictions, ces drames pourraient constituer, pour qui réfléchit, des signes avant-coureurs des risques lourds que
pourrait encourir notre planète dans un réchauffement général, même modéré. La
menace toucherait en effet la quasi-totalité des secteurs de l’économie:
l’agriculture, l’élevage, la pêche, les productions d’énergie, la construction,
la chimie industrielle, les transports
etc…et par contamination les services, dont le besoin pourrait être plus grand que jamais.
C’est la perspective de cette multiplicité de crises, articulées entre elles, qui semble
avoir entraîné, en temps voulu
espérons-le, les premières décisions mondiales de protection.
2-Qu’est-ce
que le GIEC?
Le
Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat a été
mis en place en 1988, à la demande du G7 (groupe des 7 pays les plus riches : USA, Japon,
Allemagne, France, Grande Bretagne, Canada, Italie), par l'Organisation Météorologique Mondiale et
par le Programme
pour l'Environnement des Nations Unies Pour
éviter toute confusion, signalons aussi l’existence de l’organisme dénommé
IPCC (Intergovernmental Panel on Climate
Change) qui édite en langue anglaise la version originale des travaux.
Le
rôle du GIEC est "d'expertiser l'information scientifique,
technique et socio-économique qui concerne le risque de changement climatique
provoqué par l'homme".
Il est donc extrêmement ciblé et précis. On remarquera que sa compétence ne se
borne pas à l’information scientifique,
bien que celle-ci soit initialement prépondérante. Elle couvre l’étude de
toutes les conséquences du phénomène
climatique On ne s’étonnera donc pas d’y
trouver, par exemple, les prévisions mondiales de recul du Produit Industriel
Brut (PIB)
Comme
la plupart des institutions onusiennes, le GIEC n'est pas une association de
personnes physiques, mais une association d’Etats : ses membres sont des
nations, non des personnes physiques. Aucun individu - et en particulier
aucun expert - ne peut être membre du
GIEC "en direct" : les personnes qui siègent aux assemblées du GIEC
ne font que représenter des pays membres.
L’instance
suprême du GIEC est son Assemblée Générale, dans laquelle chaque pays membre dispose d'une voix. Son
exécutif est le Bureau. Ce qui signifie que le Luxembourg y a le même poids que
les Etats-Unis Autant dire qu’il n’a pas
d’exécutif. En pratique, à peu près tous les pays membres des Nations Unies
sont membres du GIEC avec deux exceptions singulières qui sont Taiwan et le Vatican.
Le GIEC est donc un organisme scientifique de
prévision. Au départ même, il est surtout un organisme de compilation. Unique
en son genre, il rassemble toutes les
publications scientifiques du monde entier
-des milliers chaque année- sur le thème du réchauffement climatique. Il
les analyse, les compare, auditionne les
auteurs, prépare des synthèses, en un mot gère les savoirs de manière scientifique. Il est surtout connu
pour les rapports d’évaluation qu’il publie, à raison d’un tous les 6 ans, après
qu’ils aient été avalisés par son
Assemblée Générale. Le premier a été publié en 1990, le second en
1995, le troisième en 2001. Le
quatrième(2007)est en cours de diffusion. Ces rapports sont
volumineux, de lecture difficile, même
en se limitant aux résumés qui les accompagnent. Ce sont presque toujours des résumés
de ces résumés que l’on peut espérer retrouver dans la presse. Son énorme
documentation, dûment instruite, lui permet d’être parfaitement à jour de tous
les savoirs réels ou prétendus tels, de sorte que ses détracteurs scientifiques
sont très peu nombreux
Ils
existent cependant, et leur critique publique, dans la presse et sur le Net
notamment, porte fatalement ombrage à l’organisme, accusé
de monopolisme, d’incompétence, de
manque de rigueur, de laxisme, de prévisionnisme hasardeux, etc…”D’éminents
confrères” font campagne pour obtenir sa dissolution sans délai.
Ce
conflit, actuellement en phase aigüe, est assez déroutant pour le public qui ne
sait plus qui croire, ni à quel saint se vouer. Il est bon de l’évoquer, sans
s’en mêler. D’une part en effet, c’est évidemment au GIEC et à lui seul qu’il appartient de
répondre à ses savants détracteurs. Il
le fera sans aucun doute, et sans concession. D'autre part, il faut savoir que la contestation publique
est une pratique constante dans la communauté scientifique, où l’on considère
comme un devoir moral d’attaquer quelque
thèse que ce soit si l’on n’est pas d’accord avec ses contenus, ce qui conduit
à des disputes souvent acharnées, parfois historiques. Il faut donc en prendre
son parti et « faire avec »
en maintenant sa confiance au responsable en charge, au cas présent le
GIEC.
Le
risque d’une erreur majeure du GIEC dans l’analyse du phénomène est d’ailleurs
à peu près nul, Toutes sortes d’indices et d’innombrables enregistrements
convergeant indiscutablement. Seules les prévisions pourraient s’avérer, avec
le temps, plutôt pessimistes, ou plutôt
trop optimistes. Mais le sens n’en sera pas démenti, et la lutte contre l’effet
de serre restera de toute manière une obligation incontournable dans la
protection de la Terre.Le vrai risque est ailleurs, comme nous allons le voir,
dans l’absence d’une volonté internationale commune pour réguler les émissions terrestres de GES.
3-Le
Protocole de KYOTO
L’Organisation internationale (on dit souvent”
gouvernance”) sur le climat repose sur deux traités internationaux
fondamentaux : la Convention- cadre
des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), entrée en vigueur le
21 mars 1994,et ratifiée à ce jour par 189 pays dont les USA et
l’Australie, et son traité “fils”, le protocole
de Kyoto, entré en vigueur en février 2005, ratifié à ce jour par 156 pays
à l’exception notable des USA et de l’Australie
Par la
Convention, les signataires se donnent pour objectif de “stabiliser les
concentrations de GES à un niveau qui
empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique”. Concrètement,
ils affichent l’obligation de publier
des inventaires de leurs émissions, d’établir, de mettre en oeuvre et de
publier des programmes nationaux contenant des mesures visant à atténuer les
changements climatiques. Mais les contours en sont flous, les obligations
incertaines, les sanctions inexistantes. Le Protocole de Kyoto va plus loin. Il
comporte des engagements absolus de réduction des émissions de CO2 pour 38 pays
industrialisés, avec une réduction globale de 5,2% d’ici 2012. Ce qui est bien
modeste
Le
Protocole est finalement entré en vigueur en février 2005 dans 130 pays
(Etats-Unis et Australie exclus) Sa rédaction reflète profondément la divergence entre les Etats-Unis et
l’Australie d’une part, qui ont refusé
de le signer, et tous les autres pays
qui l’ont signé. Il faut cependant noter que ce refus des Etats-Unis ne les empêche pas de procéder à de vraies
réductions de leurs émissions de GES, ni de
développer des programmes ambitieux d’économies d’énergie dans certains
Etats, (en Californie par exemple) ni de négocier des accords d’achats/ventes
de GES avec des pays tiers. Cependant, le rejet américain est durable, car il
est de caractère politique. Ce qu’il rejette, ce sont les contraintes
venant des tiers, même après qu’ils en aient débattu avec eux pendant des mois
jusqu’au moindre détail. L’Amérique du Président Bush considère encore
aujourd’hui que participer à un programme qu’elle n’a pas elle-même lancé,
constituerait une faille dans son
ambition de domination mondiale auquel elle n’a pas renoncé, même après la
déconvenue irakienne. Les observateurs politiques pensent que cet obstacle ne
pourra pas être politiquement franchi avant 2009, en admettant que l’opposition
démocrate actuelle ait repris le pouvoir aux élections de novembre 2008.Le
temps passe…..
Pourtant, d’ici là, Kyoto ne
s’arrêtera pas. Les Européens, avec pas mal de courage, et un peu de malice,
ont décidé d’avancer seuls si nécessaire dans la lutte contre les GES, en la
conjuguant avec une politique durable d’économies d’énergie et d’investissement
dans les énergies renouvelables.
Dès mai 2002, l’Europe des
15 s’était imposée pour elle-même une
réduction de 8% des émissions de GES entre 2008 et 2012. Depuis, et malgré les
difficultés à tenir cet objectif, elle persévère sur des points concrets comme
la précision des engagements - pour décourager
les tricheurs-, la définition des
contrôles, la préparation de “l’après 20I2”.
Le
train est donc en marche malgré tout.. Il roulera lentement. L’inquiétude
pourrait aller plus vite. Les populations pourraient presser leurs dirigeants.
Les milieux d’affaires pourraient tenter de prendre les devants, tant les
intérêts en jeu sont énormes. Des apprentis-sorciers pourraient déclancher la
panique un peu partout. Cette situation peut devenir fragile, difficile à maîtriser, avant même
l’apparition tangible du phénomène proprement dit. Nous y prendrons garde.